imceo jean-paul tappert

Jean-Paul Tappert, consultant senior, est à l’initiative de la création d’imceo et de la formalisation du « Lean Design ».

Le temps des synthèses

« Mon très long parcours s’est essentiellement déroulé en tenant en main la fonction achat, c’est-à-dire l’interface entre l’entreprise et ses fournisseurs. Elle couvre une période où, progressivement, s’impose l’idée que la prospérité naît à l’opposé, dans l’interface entre l’entreprise et ses clients. De la même manière, s’impose l’idée que l’ensemble du processus mis en branle par l’entreprise est totalement orienté vers la satisfaction de ce client final. Dans la même période, la tendance à l’externalisation ne fait que grossir sans cesse mon portefeuille de fournisseurs. Cette tendance est portée par un grand combat contre les coûts inutiles, dans lequel j’aurais dû moi-même entrer en jouant, face à un parc de fournisseurs croissant, au cost-killer.

Or, je n’ai pas développé, envers les fournisseurs, une politique de pillage systématique de leurs ressources, mais, au contraire, une politique de développement de leurs capacités. Cette démarche a deux dimensions, humaine et économique.

Dimension humaine. – D’une part, la politique d’achats concerne un « parc humain[1] » cinq fois plus étendu que le personnel de l’entreprise lui-même, et engage essentiellement des négociations de gré à gré, en toute reconnaissance de l’identité et de l’autonomie de chacun des partenaires.

Si le client est roi en sortie de la « supply-chain », à son entrée, le fournisseur est souverain[2]. C’est la maxime que j’ai adoptée. Elle ancre à mes yeux la relation d’achat dans l’ordre des relations diplomatiques. Elles sont d’une toute autre nature et d’une toute autre richesse que les relations gérées en interne par contrat de travail. Deux partenaires se respectent l’un l’autre plus qu’ils ne se forceraient l’un l’autre, engagés dans une relation de subordination réglementée, à respecter la loi. Ils s’échappent ainsi par le haut à une vision légaliste des choses, comme à sa traduction, dans les entreprises, en vision procédurale de la conduite des actes. En d’autres termes, avec les fournisseurs, le Lean est davantage abordé à travers l’esprit qui l’anime, qu’à travers la lecture de son catalogue d’outils. Les possibilités de choix et d’adaptation restent totalement ouvertes.

Dimension économique. – D’autre part, on peut considérer que, pour une structure donnée, les achats externes représentent 50% du coût final, contre 30% pour la masse salariale, les 20% restant se répartissant entre charges fixes et investissements. Cette ventilation est assez générale pour faire figure de constante d’équilibre. Elle se maximise en maximisant la qualité extraite de chacun de ces trois coûts. Ce qui suffit à montrer qu’on ne peut parler de qualité totale sans intégrer le fait que la qualité externe pèse davantage que la qualité interne.

Folie à cet égard que de rêver d’être servi en qualité à hauteur de ses dépense, sans se projeter soi-même vers cet amont d’où tant de qualité découle. S’y projeter alors comme accompagnateur et formateur. S’y projeter aussi comme responsable, à hauteur de son pouvoir. Et bienveillant, à hauteur de ses espérances, autant que de sa capacité à les partager. En résumé, faire en sorte que la roue de Deming tourne de partout et pour tous. Ne pas se réserver pour soi cette roue vertueuse en laissant aux autres le rocher de Sysiphe. »

Vers le Lean Design : | PARCOURSCONTACTER |

Team : | XAVIER CASANOVA | FABIEN LACROIX | AHMED EL HAMDANI | ABDELMAJID RAJIH |


[1] Pour reprendre l’expression de Peter Sloterdijk, l’auteur de Règles pour le parc humain. De cet ouvrage décrié, nous retiendrons – sans en retenir la manière – qu’il y oppose ce qui humanise et ce qui bestialise ; ce qui apprivoise ou libère la bête qui est en nous… Il fait de la lecture des textes la clef de cet équilibrage. Voyons simplement que, passant plus de temps au travail qu’en lecture, nous pouvons aussi nous interroger sur les directions dans lesquelles nous pousse où nous entraine, outre le temps libre accueillant nos lectures, ce temps « contraint » qui nous socialise encore davantage.
[2] C’est-à-dire régisseur de sa réalité interne.